
Emotion, indignation, colère, manifestation, déclaration, on ne pouvait pas en attendre moins après ce quon définit aujourdhui comme étant un meurtre antisémite. Rappelons-nous de lenseignement du Rav Desler qui, après les événements tragiques de la Shoah, se posa une question : que faisons-nous avec lévénement, comment construire sur la base du tragique Lorsque le peuple dIsraël sortit dEgypte, il se retrouva devant la mer qui souvrit miraculeusement devant lui. La Torah nous relate que les soldats égyptiens qui les poursuivaient furent quant à eux engloutis par les flots. Au moment o— ils se noyaient, le midrash nous relate que les anges voulurent chanter. D. sadressa à eux et les apostropha en leur disant : " mes créatures se noient dans la mer et vous voulez chanter ? " Curieuse, cette interdiction que D. fit aux anges alors que les représentants de la barbarie égyptienne étaient en train de mourir! Nous apprenons de là que lon ne peut pas se réjouir de la souffrance dun individu quelque soient les actes quil a pu commettre. Etre heureux de la souffrance de lAutre, cest la justifier. Et si nous la justifions, nous risquons un jour de la créer nous-même et par cela de faire un pas vers la barbarie. Il est totalement inimaginable pour la Torah que lon puisse être heureux de voir quelquun souffrir. Nous pouvons alors imaginer les bouleversements qui nous habitent lorsque nous voyons des individus qui, sans état dƒme aucun, créent la souffrance et voire même, en prennent plaisir. La force immense qui habite le peuple juif, si la capacité quil a de se donner les moyens de ne pas tomber dans linsensibilité vis à vis de lautrui. Lorsque la Torah nous relate les guerres que le peuple dIsraël effectuera, le verset nous dit " et D. te donnera pitié et tu auras encore pitié ". Lorsque lindividu part à la guerre, il risque de perdre sa sensibilité vis à vis de lhumain, vis à vis de la souffrance. Cest la raison pour laquelle Hachem dit au peuple dIsraël quil continuera malgré tout à garder sa sensibilité. Que dire à nos enfants bouleversés par cet événement que constitue le meurtre et la torture dun Juif parce que juif Leur rappeler que la plus belle chose que lon puisse faire, cest de montrer à Ilan quils vont grandir à travers cet événement, que le plus beau Kadish que lon puisse faire, cest repenser sa vie différemment, voir les choses autrement. Comprendre quil faut donner un sens à sa vie. Il est vrai que nous avons tendance face à un événement pareil de crier notre colère et notre dégoût face à tant de monstruosité mais rappelons nous quil va être fondamental de réfléchir sur ce qui peut amener à cela. Une société dans laquelle on nenseigne pas au quotidien limportance de lAutre. Une société dans laquelle on oublie de mettre en exergue les valeurs fondamentales de lHumain, une société qui fonctionne quon le veuille ou non dans des rapports de force risque dêtre le terreau sur lequel peuvent sépanouir les pires choses. La Torah accorde une importance primordiale à la relation à autrui :" et tu feras attention à lEtranger car toi aussi tu étais étranger en terre dEgypte ", " la Torah commence par un acte de bonté et se termine par un acte de bonté ", " tout celui qui connaît la Torah mais ne développe pas en lui le souci de lAutre ressemble à quelquun qui a exclu D. de son existence. " Quest-ce qui fait la grandeur de lHumain, cest un bon coeur ". Ce sont juste quelques citations qui nous révèlent limportance primordiale à développer les qualités humaines chez nous et chez nos enfants en leur servant dexemple. Peut-être encore une autre idée toute simple. Une des raisons exposées pour la demande de ran‡on était : " les Juifs ont de largent et même si cette famille nen a pas, les autres leur en donneront ". Deux pensées me viennent : celle du cliché qui justifie " une attitude " et une question Nous, que faisons-nous de nos propres clichés, sommes- nous prêts à les dépasser Et puis une seconde idée : ce rappel paradoxal dans la bouche de ceux qui ont tué. Une des qualités fondamentales du peuple juif est lentraide et la solidarité. Si Ilan pouvait parler, il nous dirait peut-être " débarrassons-nous de nos propres clichés, car voyez o— cela peut mener, faisons fonctionner lentraide sans avoir besoin de nous retrouver dans des situations aussi dramatiques ". Une des plus belles choses que lon peut offrir à une personne qui nest plus, cest de lui montrer que nous pouvons tirer quelque chose de sa tragédie. Que face à la réalité incontournable de sa souffrance et de sa disparition, nous décidons de tirer un enseignement. En tant quadulte dans nos relations à Autrui, en tant que parents, dans une vigilance nouvelle vis- à- vis de ce que nos enfants voient, observent et écoutent. Puisse cette réflexion ne plus avoir besoin dévénements tragiques comme celui-ci pour pouvoir être exprimée. |









