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Ilan, Quelle leçon ? Nombres de vues : 1,200

Emotion, indignation, colère, manifestation, déclaration, on ne pouvait pas en attendre moins après ce qu'on définit aujourd'hui comme étant un meurtre antisémite. Rappelons-nous de l'enseignement du Rav Desler qui, après les événements tragiques de la Shoah, se posa une question : que faisons-nous avec l'événement, comment construire sur la base du tragique '

Lorsque le peuple d'Israël sortit d'Egypte, il se retrouva devant la mer qui s'ouvrit miraculeusement devant lui. La Torah nous relate que les soldats égyptiens qui les poursuivaient furent quant à eux engloutis par les flots. Au moment o— ils se noyaient, le midrash nous relate que les anges voulurent chanter. D. s'adressa à eux et les apostropha en leur disant : " mes créatures se noient dans la mer et vous voulez chanter ? '" Curieuse, cette interdiction que D. fit aux anges alors que les représentants de la barbarie égyptienne étaient en train de mourir! Nous apprenons de là que l'on ne peut pas se réjouir de la souffrance d'un individu quelque soient les actes qu'il a pu commettre. Etre heureux de la souffrance de l'Autre, c'est la justifier. Et si nous la justifions, nous risquons un jour de la créer nous-même et par cela de faire un pas vers la barbarie. Il est totalement inimaginable pour la Torah que l'on puisse être heureux de voir quelqu'un souffrir. Nous pouvons alors imaginer les bouleversements qui nous habitent lorsque nous voyons des individus qui, sans état d'ƒme aucun, créent la souffrance et voire même, en prennent plaisir. La force immense qui habite le peuple juif, si la capacité qu'il a de se donner les moyens de ne pas tomber dans l'insensibilité vis à vis de l'autrui. Lorsque la Torah nous relate les guerres que le peuple d'Israël effectuera, le verset nous dit " et D. te donnera pitié et tu auras encore pitié ". Lorsque l'individu part à la guerre, il risque de perdre sa sensibilité vis à vis de l'humain, vis à vis de la souffrance. C'est la raison pour laquelle Hachem dit au peuple d'Israël qu'il continuera malgré tout à garder sa sensibilité.

Que dire à nos enfants bouleversés par cet événement que constitue le meurtre et la torture d'un Juif parce que juif ? Leur rappeler que la plus belle chose que l'on puisse faire, c'est de montrer à Ilan qu'ils vont grandir à travers cet événement, que le plus beau Kadish que l'on puisse faire, c'est repenser sa vie différemment, voir les choses autrement. Comprendre qu'il faut donner un sens à sa vie.

Il est vrai que nous avons tendance face à un événement pareil de crier notre colère et notre dégoût face à tant de monstruosité mais rappelons nous qu'il va être fondamental de réfléchir sur ce qui peut amener à cela. Une société dans laquelle on n'enseigne pas au quotidien l'importance de l'Autre. Une société dans laquelle on oublie de mettre en exergue les valeurs fondamentales de l'Humain, une société qui fonctionne qu'on le veuille ou non dans des rapports de force risque d'être le terreau sur lequel peuvent s'épanouir les pires choses. La Torah accorde une importance primordiale à la relation à autrui :" et tu feras attention à l'Etranger car toi aussi tu étais étranger en terre d'Egypte ", " la Torah commence par un acte de bonté et se termine par un acte de bonté ", " tout celui qui connaît la Torah mais ne développe pas en lui le souci de l'Autre ressemble à quelqu'un qui a exclu D. de son existence. " Qu'est-ce qui fait la grandeur de l'Humain, c'est un bon coeur ". Ce sont juste quelques citations qui nous révèlent l'importance primordiale à développer les qualités humaines chez nous et chez nos enfants en leur servant d'exemple.

Peut-être encore une autre idée toute simple. Une des raisons exposées pour la demande de ran‡on était : " les Juifs ont de l'argent et même si cette famille n'en a pas, les autres leur en donneront ". Deux pensées me viennent : celle du cliché qui justifie " une attitude " et une question' Nous, que faisons-nous de nos propres clichés, sommes- nous prêts à les dépasser ? Et puis une seconde idée : ce rappel paradoxal dans la bouche de ceux qui ont tué. Une des qualités fondamentales du peuple juif est l'entraide et la solidarité. Si Ilan pouvait parler, il nous dirait peut-être " débarrassons-nous de nos propres clichés, car voyez o— cela peut mener, faisons fonctionner l'entraide sans avoir besoin de nous retrouver dans des situations aussi dramatiques ". Une des plus belles choses que l'on peut offrir à une personne qui n'est plus, c'est de lui montrer que nous pouvons tirer quelque chose de sa tragédie. Que face à la réalité incontournable de sa souffrance et de sa disparition, nous décidons de tirer un enseignement. En tant qu'adulte dans nos relations à Autrui, en tant que parents, dans une vigilance nouvelle vis- à- vis de ce que nos enfants voient, observent et écoutent.

Puisse cette réflexion ne plus avoir besoin d'événements tragiques comme celui-ci pour pouvoir être exprimée.

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