
| L'Autre : une image pour réfléchir | Nombres de vues : 1,288 |
Episode connu de la Torah, la destruction de Sodome et Amora, symbole s'il en faut d'une société en échec. Fait surprenant, la Thora ' décrivant ces villes, utilise le terme " Kegan Hachem ", c'est-à-dire comme un " Jardin de D.ieu ". Surprenant ! '
S'il est vrai que la société de Sodome est pervertie, néanmoins, sa réussite économique est connue de tous. Le " plan d'urbanisme " de la ville est particulièrement soigné, et la fertilité du lieu lui assure de belles perspectives. Comment imaginer que Dieu abhorre ce système ' sa réussite n'est elle pas l'expression de l'assentiment d'Hachem ' C'est peut être cela ce " jardin de Dieu " dont nous parle le texte. Nous sommes donc ici dans un système qui veut voir dans sa réussite la validation du Divin. A partir de là, il est alors possible de comprendre la raison pour laquelle ce système ne pourra s'amender : il y a refus de se remettre en cause et d'imaginer que le système est perverti. Les midrachim nous apprennent que cette société n'avait pas mis totalement de coté l'aide à autrui, mais cette dernière n'existait que pour créer l'illusion d'une action tournée vers l'Autre. Il y avait des gestes qui étaient présents mais n'exprimant en rien le regard sur l'Autre. L'idée de rendre service ne faisait pas partie de cette société, ce qui a amené nos MaŒtres à nous dire " kofim al midat sedom ". De quoi s'agit il ' tout simplement du cas o— une personne ne veut pas répondre positivement à une demande de l'Autre alors que celle-ci n'exige quasiment pas d'effort. Ainsi, : " Tu vas à la poste ' quand tu seras au guichet, pourras- tu demander tel ou tel formulaire dont j'ai besoin ' " Le refus de rendre ce service est considéré par la Thora comme étant une attitude afférente à la ville de Sodome et il est possible de contraindre cette personne à rendre le service demandé! En ayant cette attitude, nos MaŒtres veulent nous apprendre qu'il est totalement inimaginable de laisser s'introduire ce mode de fonctionnement à l'intérieur du peuple juif. Le premier danger étant lié à la non-volonté de voir o— se situe le problème. Il est vrai que celui qui refuse n'est pas " sympa " mais, dirions-nous ceci est " son problème ". En revanche, nos Sages voient cela différemment. Il savent que tolérer une attitude de ce type au sein du peuple d'Isra‰l c'est, à terme, laisser s'installer un état d'esprit qui aboutira à une négation de l'Autre, et précisément à un pseudo rapport d'altérité en ce qu'il sera avant toute chose dicté par l' intérêt personnel. Ne pas rendre service à l'Autre, banaliser ce geste, voire ne pas le stigmatiser, et c'est tout un monde qui change, lesté des conséquences négatives qui sont hélas connues.
Toutefois, chose très surprenante, c'est que lorsque Hachem, va annoncer à Abraham la destruction prochaine de cette ville, Abraham va " lutter " avec Dieu afin de faire en telle sorte que ces ville soient épargnées. Il y a quelque chose de surprenant dans cette attitude. Pourquoi ne pas laisser faire les choses ' Dieu sait ce qu'il fait ! De quoi Abraham se mêle- t-il ! Plus encore, en le laissant faire, Abraham possèderait ici un argument en faveur de son système, au regard de l'échec de l'Autre, symbolisé ici par la sanction divine ! Nous voyons qu'Hachem accepte totalement ce dialogue et il ne dit pas à Abraham " de quoi te mêles-tu ' je sais parfaitement ce que je dois faire ! ". Il y a ici une formidable le‡on pour tous ceux qui persuadés de la justesse de leur démarche et de leurs arguments, refusant d'écouter la question de l'Autre, voyant en cela une remise en cause, de leur intelligence, voire de leur capacité à faire des bons choix. A travers cette question, ce que Dieu nous apprend aussi, c'est le poids que peut présenter un petit groupe vis-à- vis d'un système. Il y a ici sans doute plusieurs raisons, à l'attitude d'Abraham., et donc différents enseignements à saisir. Je voudrais en retenir un. Abraham nous enseigne que la validité d'un système ne se base pas sur la mise en exergue de l'échec d'un système opposé. Et de nous rappeler que ce n'est pas en pointant du doigt l'Autre et ses erreurs que nous parviendrons à comprendre le mode de fonctionnement voulu par Hachem. Il est tellement plus simple de mettre en exergue et de viser du doigt les échecs de l'Autre, tellement plus confortable à travers cela de devenir donneur de le‡ons par rapport à ce qu'il faut et/ou ne faut pas faire sans avoir nécessairement quelque chose d'autre à proposer.
En voulant insister pour sauver Sodome et Gomorrhe, Abraham a cherché aussi à nous apprendre que nous avons l'obligation de dire à Dieu comment nous concevons les choses, même si au plus profond de nous-mêmes nous sommes tous soumis à la volonté d'Hachem. Il y a ici une notion fondamentale, c'est la liberté que va nous donner la Torah d'être interpellé et de ne pas nous demander, Hasve Shalom, de nous justifier mais à travers ce qui est dit, essayer de mieux appréhender encore le sens de la demande d'Hachem..









